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 les étoiles entre elles (marigold)

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Arsène Desrosiers
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MessageSujet: les étoiles entre elles (marigold)   Mar 16 Jan - 15:56

J’sais plus, Marigold. J’ai la bouche contre ta gorge et les mains contre ta chair, j’ai les mains dans tes entrailles et les dents plantés dans tes rêves, j’suis le croquemitaine planqué dans tes rêves les plus noirs et le chevalier blanc tout en même temps. J’sais plus, Marigold, j’ai les mains posées sur toi et j’ai plus envie de penser à rien, les mains plaquées contre tes seins et j’ai plus besoin de rien. J’sais plus, Marigold, mais ça fait tha-dump entre mes côtes, un roulement de tambour, le grondement de l’orage, le chant de guerre de milliers d’indiens et le sang sous mes pieds nus dans la poussière. J’sais plus, Marigold, j’sais plus si ça a de l’importance, j’sais plus si j’ai envie, j’sais plus si j’ai envie de savoir où t’as fait traîner ta peau, où t’as touché des gens, où le monde entier t’a touché. Y a quelque chose de crade entre nos bouches, quelque chose de dégueulasse, d’épais, de visqueux, quelque chose qui s’écoule dans nos gorges et dans nos narines, quelque chose qui étouffe et qui colle, fixe, répare, quelque chose qui hurle que t’es à moi, à moi, à moi, à personne d’autre, Marigold, plaquée contre un mur ou jetée sur le sol, plaquée contre moi ou jetée sur le matelas. J’sais plus, Marigold, j’ai jamais su, mais ça je sais : personne m’échappe jamais.

C’est pour ça que j’suis là, ce jour-là, les mains dans les poches et le dos contre le mur, les yeux rivés de l’autre côté de la rue. J’ai jamais aimé ce bled, j’ai jamais aimé ces gens, costumes trop propres et esprits déchirés, autant de lignes blanches dans le nez que de cartes de crédit dans le portefeuille. Ça pue le fric, ici, ça pue la thune, la corruption, ça suinte quelque chose d’imprononçable, quelque chose de noir, quelque chose de putride, y a un corps en décomposition au milieu des banques, invisible mais pas inodore, qui se décompose, lentement, lentement, lentement, qui imprègne le goudron, qui tâche les murs de son sang. Il a pas besoin d’avoir de visage, le cadavre, pas besoin d’un nom, besoin de rien. Il est mort parce qu’on s’en fout des pauvres, dans ce pays, il est canné parce que tout le monde s’en carre de ceux qu’ont pas un rond. Le mec que je suis échappe pas à la règle, avec ses chaussures qui payent trois appartements comme le mien. Le mec que j’suis est comme tous les autres, tiré à quatre épingles et une montre en or un peu trop brillante autour du poignet. Il parle trop fort dans son téléphone beaucoup trop cher et la voiture dans laquelle il monde pourrait nourrir facile un pays paumé en Afrique. C’est pas un mec bien, j’ai pas besoin des photos de lui trompant sa femme pour le savoir, pas besoin du prix qui plane au-dessus de sa tête pour m’en rendre compte, pas besoin de sa main sur le cul de sa secrétaire ou des yeux baissés de la femme de ménage, c’est pas un mec bien et j’en ai rien à cirer, lorsque sa caisse démarre j’enfourche ma moto pour aller développer les clichés.

Y a mille endroit où faire ça, mille endroits qui sont pas chez toi, j’pourrais aller chez l’épicier du coin, ou même chez moi, putain, j’ai tout ce qu’il faut, j’pourrais aller chez mes darons, y a le matos à l’école, faire un tour dans un autre coin de la ville. J’pourrais mais j’fais pas ça, évidemment pas, j’ai pas envie d’faire ça, j’prends une rue, deux, trois, j’viens chez toi, Marigold, c’est toujours comme ça, j’fais un truc horrible et puis j’viens chez toi, parce que j’aime ton odeur, parce que j’aime ta voix, parce que j’ai envie que tu plantes tes dents dans mon épaule et d’enfoncer mes doigts dans ta peau. J’viens chez toi, Marigold, pour te faire crier, hurler, pleurer, gémir, sucer des bleus contre ta gorge et déchirer tes cours, faire voler les feuilles sur ton sol trop lustré. J’viens chez toi, Marigold, et j’suis un peu une tornade, un peu un ouragan, sans doute un cyclone et j’me gare en bas de chez toi pour tout foutre à sac. C’est pas difficile d’accéder à ta porte, il suffit de pas grand-chose, pour la forcer, j’sais pas si t’es chez toi et j’sais pas si tu dors mais j’sais juste que j’suis dedans, que je m’affale sur tes canapés, que je fous mes pieds sur ta table basse. J’sais juste que y a du bruit, que y a du mouvement, que j’renverse la tête en arrière, rencontre des yeux, un regard, des pupilles bien trop vives, de petits éclairs.

« Salut, Goldie. » Ça chante et ça se moque et ça sourit et ça arrache, c’est un voleur et un assassin enroulé dans un blague. « J’suis venu tout saccager. »

Du bout du pied, j’pousse par terre le verre qui trainait sur la table.
Y a un bruit de verre cassé suspendu dans l’air.

J’ai l’air trop satisfait.
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Marigold Bennet
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pseudo : zoé
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MessageSujet: Re: les étoiles entre elles (marigold)   Mar 16 Jan - 17:17

C’est une moiteur dégueulasse, perles de sueurs sur la peau et l’impression d’étouffer alors qu’elle tente vainement de respirer. Comme une prison tout autant qu’un oasis, un peu des deux, ça se mélange, dans ce putain d’appartement surchauffé, l’air qui se fait rare et la jungle trop dense, pas un mètre carré sans une plante pour l’asphyxier. Parfois elle voudrait tout cramer, laisser tomber une allumette aux milieux des lianes, des racines qui trainent, fermer les yeux et laisser le tout l’emporter. Bruler vive et la sensation qu’elle imagine, les flammes sur sa peau, sur sa chaire, finir en tas de cendres emportées par le vent. Absence de réaction, Marigold referme le briquet distraitement, le bruit du couvercle en métal qui claque, elle le laisse tomber sur le rebord du lavabo. Peut être la prochaine fois. Si prochaine fois il y a bien évidemment. Qui sait, elle a rien promis, rien prévu, son agenda est flexible, ptêtre que demain elle changera tout simplement : que c’est au reste du monde qu’elle foutra le feu, et c’est pas elle qui hurlera pour une fois.
L’eau sur son visage, les cheveux qui bataillent pour s’échapper du chignon approximatif, et le regard qui fuit le miroir. Trop fatiguée pour affronter l’autre, pour s’affronter elle-même. Y a dans sa nuque tout un nœud de tension, qui lui rappellent comme un signal douloureux qu’elle commence à dépasser les limites, trop nuits blanches, trop d’absences, se perdre dans une salle de laboratoire pour se cacher du reste, des gens. de lui aussi. Pauvre sourire qui fleurit sur son visage, parce qu’elle sait parfaitement que ça sert à rien de faire semblant, mais quand même elle aime ça, se donner la sensation d’être celle qui contrôle, rien qu’un fois. Tu me trouveras quand j’aurais décidé, caprice de reine, elle voudrait se faire désirer, qu’il lui fasse la cour comme avant, comme dans les putains de poèmes antiques, de ceux qu’il récite trop souvent pour passer le temps.
Mais c’est se mentir constamment. Faut croire qu’elle y excelle un peu trop ces derniers temps.
Elle a les doigts qui glissent le long de son cou, parcourent sa clavicule distraitement pendant qu’elle referme la porte de sa chambre, se glisse sous les draps et ferme les yeux. Seule pièce où il fait bon, juste un matelas sur le sol et rien d’autre. Du vide, de l’espace, l’impression de respirer et Morphée qui la tire vers lui, comme un amant égoïste elle voudrait se laisser emporter.
Mais c’est raté.
Comme un bruit dans l’entrée, la porte qui s’ouvre, se ferme et le cœur de Marigold qui manque un battement. C’est la main sur la lame glissée sous son oreiller, silencieuse elle se redresse, les pieds nus sur le parquet, elle sait où les poser pour ne rien faire grincer. Mais pas l’intru. Non. L’intru fait comme chez lui, l’intru s’installe, l’intru s’impose. L’intru qui n’est pas vraiment un intru.
Ou alors de ces parasites trop ancrés qui refusent de vous lâcher. Symbiose nécessaire : il inspire – elle expire.
Marigold laisse tomber son bras, la lame posée contre sa cuisse, elle ne dit rien. Parce qu’il lui vole toujours les premiers mots, ingrat, égoïste, il est là comme un roi au milieu de son salon, et dans son cœur sa gronde, le regard qui brûle, elle fulmine. Salut, Goldie. La voix trop joyeuse, le sourire à gerber sur ses lèvres et Marigold qui reste de marbre, les doigts qui se serrent un peu plus sur le manche, les jointures qui blanchissent. J’suis venu tout saccager. Son regard qui suit le verre, verre qui finit sa course sur le sol, fracassé.  Un peu comme elle, parce que c’est toujours pareil. Parce qu’elle doit se faire violence pour ne pas sourire, pour ne pas rire, pour ne pas entrer dans sa danse. Parce qu’elle se faire violence, encore, toujours, pour ne pas le laisser l’emporter, venir supplier contre sa peau, elle en crève. Mais elle ne dit rien. C’est elle la reine putain. « C’est bon tu t’es amusé ? » la voix trop douce, trop basse, le regard qui vrille le sien, elle fait le tour du canapé pour lui faire face, se baisse pour poser sur la table son arme, commence à ramasser le verre comme si y avait que ça d’important. « La prochaine fois utilise le téléphone tu sais ? Comme font les vrais gens ? » elle contemple un instant les morceaux dans sa paume, avant de tourner la tête de nouveau vers Arsène. « Et comme ça tu sauras que : non tu ne peux pas venir. » elle insiste sur le non s’autorise enfin un sourire. Moqueur, mauvais. Elle aussi elle sait jouer. « Je ne t’y ai pas autorisé » un peu comme s’il était un foutu vampire et qu’il avait besoin de son invitation pour rentrer. Parce qu’au fond c’est un peu ça, en un peu plus carnassier, et si elle ferme les yeux elle peu presque les sentir, ses crocs contre sa peau.
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les étoiles entre elles (marigold)
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