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 the beast, (jai)

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Janis McLeod
billions of beautiful hearts
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célébrité : clara paget.
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MessageSujet: the beast, (jai)   Jeu 30 Nov - 9:01


janis teresa mcleod
gotta find that fool who did that to you, my baby
◦ âge / vingt-huit ans. elle fait plus jeune, elle le sait. elle n'en joue pas — elle s'en fiche. ◦ date et lieu de naissance / un vingt-huit février, à milwaukee (wisconsin). ça n'a jamais rien signifié — elle en a même oublié le jour où elle était née, sachant juste que c'est quelque part à la fin du deuxième mois de l'année, n'ayant pas besoin de s'inventer de date à fêter. y a qu'les papiers pour se rappeler. ◦ profession / ancienne femme de main pour un empire criminel. elle avait un don, pour ça. mais depuis quelque temps, pour faire rentrer un peu d'argent, elle exerce comme vendeuse et apprentie dans une pâtisserie. ◦ statut civil / célibataire. les monstres ne peuvent pas s'attacher. dans ce monde, il n'y a personne qui veuille des requins. hormis, peut-être, parfois — un jour —, d'autres requins. ◦ situation financière / basse, elle ne roule pas sur l'or, mais ça lui est égal. l'argent ne fait pas le bonheur, comme on dit. ◦ groupe / spring. l'espoir et la renaissance, au coeur du froid, au coeur des pleurs. ◦ avatar / clara paget, (c) abandon.


instable, sauvage, violente, sensible, débrouillarde, asociale, taciturne, inadaptée, enragée, vindicative, hargneuse, extrême. d'une rage sans limites, poings contre la chair, sang noyant une tendresse qu'elle peut pourtant avoir passionnée — dans la vie, c'est tout ou rien. se sentir monstre et tenter de l'occulter, tenter de le cacher. tenter de l'étouffer, et se détester.

◦ wolf in cheap clothes / (note : personnage créé dans l'univers mutant, mais capable d'être transféré dans les autres univers)

(001) la violence, c'est inscrit dans sa peau. c'est ce pour quoi on lui a appris à vivre, et peut-être la seule chose qu'elle s'estime comme sachant bien faire. dressée, trop petite, à frapper pour se défendre. puis pour protéger ceux sur qui on lui demandait de veiller. et enfin, simplement parce qu'on le lui demandait. frapper, frapper. tuer. (002) aujourd'hui, elle hait cette facette de sa personnalité. incapable de faire taire son naturel, de le chasser. elle lutte, chaque jour qui passe, pour apprendre la patience et garder la bête enfermée. à double-tour dans son coeur, à double-tour dans son passé. elle s'efforce de se mesurer et de se contrôler. relâcher la violence par degrés. (003) quand ça explose, mieux vaut se tenir écarté. quand, après des jours ou des semaines à se contenir et se brimer, elle laisse enfin surgir le véritable fond animal qu'on a pris soin de réveiller voilà des années, les dégâts pleuvent. peu sont capables de l'arrêter — il faut qu'elle tienne à eux, qu'elle ait confiance, ou qu'ils aient suffisamment d'ascendant. et son irrationalité durant ces crises de fureur est la raison pour laquelle elle ne pratique ni la boxe ni les combats illégaux. la seule chose contre laquelle elle frappe, c'est son sac de sable au fond de son appartement. là où personne ne pourra lui tomber sous la main lorsqu'elle elle passe sa violence dans ses poings. (004) pendant longtemps, elle a cru être folle. tout ce qu'elle voulait, c'était ne plus entendre ces voix qui la hantaient. l'homme qui l'avait prise sous son aile l'a contrôlée grâce à ce simple petit fait : capable de faire disparaître les mutations, il s'est fait passer pour le seul remède à la démence dont elle se voyait atteinte. la menaçant de l'abandonner en asile dès qu'elle faisait mine de vouloir mettre le nez dehors, lui disant qu'il n'y avait pas la moindre place pour les fous à l'extérieur. lui ancrant profondément et presque irréversiblement l'idée que son équilibre mental ne tenait qu'à lui. (005) les séquelles de la manipulation se font aujourd'hui encore ressentir. bien qu'elle apprenne progressivement à goûter à la liberté, depuis les dernières années, elle garde le besoin viscéral d'avoir un but. les objectifs, les ordres — elle a beau essayer de vivre sans eux, elle se retrouve perdue dès qu'elle est purement et complètement livrée à elle-même. que ce soit quelque chose à faire pour demain ou pour dans trois ans, elle en a besoin. un apprentissage d'indépendance progressif, et plus périlleux qu'on ne peut le penser. (006) elle est habituée aux choses modestes. un rapport à l'argent qui s'est forgé en même temps que sa découverte de la liberté et des choix qu'elle laissait. n'ayant pas le moindre matelas financier, elle a appris à vivre comme elle pouvait. et elle a découvert que les poubelles de supermarchés étaient remplies de produits encore consommables et toujours emballés. que dans la vie, le luxe n'était qu'un mode de vie parmi d'autres, et que son habituelle modestie l'était elle aussi. pas ambitieuse pour deux sous et pas désireuse de vivre comme une princesse — c'est tout. être libre de ses actes est déjà largement suffisant. et dans sa tête à elle, c'est déjà être une reine. (007) loin d'être immature, elle est au contraire particulièrement lucide dans bien des situations. on l'a suffisamment éduquée, entretenue. elle sait penser, bien que la violence ait presque toujours été sa première réponse. la diplomatie ne fait pas partie de ses qualités — ni même de sa personnalité. mais le calcul, lui, l'habite tout entier ; comment atteindre à ses objectifs, comment s'en sortir. elle s'est façonnée sur un fil de rasoir des plus intéressants et des plus fascinants, qui l'a dotée d'une grande capacité à savoir résoudre problèmes et houleuses situations. (008) le corps barré de cicatrices, elle continue d'avancer. se recoudre seule — et au sens le plus littéral du terme lorsqu'elle y est obligée. bien qu'elle ait toujours été chapeautée, aiguillée dans les directions à emprunter, elle a aussi toujours été livrée à elle-même sur les moyens à employer, les façons de parvenir à ses fins. interdiction de demander de l'aide, interdiction d'en parler. faire les choses seule, et complètement : pas de travail bâclé, et encore moins d'incomplet.  (009) elle ne connaît pas l'identité de son père. et à dire vrai, ça ne lui a jamais manqué. elle n'est même pas sûre de se souvenir de quoi que ce soit sur sa mère, hormis ce qu'on lui a raconté quand elle a grandi. l'un dans l'autre, elle n'a pas réellement inculqué la notion de famille : le seul homme qui s'est prétendu être un membre de son entourage lui a menti pendant quinze ans. autant dire que famille, ça ne veut rien dire. la confiance, ça s'acquiert par un autre biais que le sang. (010) derrière la violence se cache la tendresse. sous une forme détournée, par un biais inattendu. mais jai, elle n'est pas dépourvue de coeur. les sourires sont rares, mais elle apprend à les servir de plus en plus souvent – pour s'intégrer. la dire délicate, c'est peut-être aller trop loin. mais le fauve qu'elle est conserve des instincts de protection et de maternité qui, couplés de sa violence, se font presque aussi intenses que son ambiante sauvagerie. ceux à qui elle tient vraiment sont plus nombreux qu'il n'y paraît. et la violence a beau être rude à observer et encaisser, elle assure au moins leur protection.

(011) sa descente est incroyable. on croirait pas, pour un aussi petit gabarit, mais elle garde les pieds sur terre jusqu'au sommeil, à l'épuisement ou au coma éthylique. pas de démarche vacillante, pas d'hésitation dans les mouvements. elle sent son esprit se détacher de son fonctionnement physique, mais de l'extérieur impossible de s'en rendre compte. elle tient le coup, la tête haute — jusqu'à s'effondrer sans explications. (012) les armes à feu, ce ne sont pas ses préférées. elle, c'est à manier le couteau qu'on l'a dressée — trancher efficacement, et silencieusement. dans les deux cas, pourtant, elle est d'une efficacité redoutable à la visée. une coordination oeil-main plutôt impressionnante, longuement travaillée et durement gagnée. (013) elle aime la musique. ç'a presque toujours été une des seules choses qui lui donnaient la sensation de liberté. pourtant, elle ne chante pas : on lui interdisait — manquerait plus que ça, qu'elle se fasse remarquer. ce qu'elle fait, en revanche, c'est danser. sans leçons particulières, sans recette secrète. juste onduler au rythme des notes, en arrêtant simplement de penser. (014) elle a un rapport très particulier aux enfants. ils l'apprécient, et elle le leur rend bien. elle dégage une aura qui leur fait peur autant qu'elle ne peut les attirer. elle n'est pas particulièrement douée avec eux, bien qu'elle le voudrait. tout ce qui compte, c'est de protéger ces petits êtres, et de les laisser connaître ce qu'elle n'a jamais eu : l'innocence. (015) jai, elle aime apprendre par coeur des listes. listes d'étoiles, liste des pays d'afrique, liste des états des usa, liste des os du corps. elle aime les savoir sur le bout des doigts, utiles ou pas. pouvoir les restituer sans réfléchir, juste parce que ça l'amuse, juste parce qu'elle aime ça. et parce que ça l'aide à rester concentrée, aussi, parfois. (016), la lecture, ce n'est pas son fort. elle n'a pas eu beaucoup d'accès aux livres, et éprouve donc de la difficulté à se sentir bien entre les pages d'un roman. elle s'y perd, et seule l'insécurité et la tension finissent par en découler. par contre, elle lit des bandes dessinées. cet art lui a toujours parlé, et le dessin l'a toujours captivée — d'ailleurs, elle a l'oeil, en fait, et se révèle plutôt douée. (017) contre toute attente, elle aime cuisiner. peut-être est-ce en lien avec sa minutie, ou sa tendance à aimer suivre à la lettre les ordres. toujours est-il que c'est un art qui lui demande le lot de concentration qu'elle demande au quotidien pour se sentir bien, et que c'en fait un excellent cordon-bleu. en pâtisserie plus spécialement encore. (018) elle a toujours été élevée dans un milieu où il lui fallait s'imposer pour être respectée par les hommes. de fait, elle n'a jamais eu le moindre scrupule à les ridiculiser ou à leur faire apprendre les leçons, lorsqu'ils le méritaient.  (019) c'est une grosse mangeuse – bien au-delà de la gourmandise. elle aime avoir toujours de quoi grignoter sous la main, ramasse tout ce qui traîne. comme si elle rattrapait toutes ces années à avoir été privée de bouffe quand elle faisait quelque chose qui ne plaisait pas à son tuteur. toujours un truc sous la dent, et jamais un gramme en plus : c'est ça, de se dépenser physiquement à grande échelle. (020) son péché mignon ? les cacahuètes. à croire qu'elle n'en a jamais assez. elle vide les pots dans les bars, vole parfois des sachets quand elle en a l'occasion. si elle n'a rien d'autre à manger, c'est ce qu'elle ira chercher par défaut. un petit côté de spectatrice macabre, quand elle regarde silencieusement les altercations autour d'elle en grignotant des arachides, comme si le cinéma avait été transporté à la réalité.
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MessageSujet: Re: the beast, (jai)   Jeu 30 Nov - 9:02


only human, after all
Silencieusement, elle pleure. Retenant les sanglots dans le fond de sa gorge, serrant l'ours en peluche contre elle comme si sa vie en dépendait. Et peut-être qu'elle en dépend, en effet ; dernier souvenir d'un quotidien peu resplendissant mais déjà si loin — presque entièrement effacé. Depuis qu'elle a emménagé ici, elle pleure. Il s'est énervé, aujourd'hui. À bout de nerfs, il l'a frappée. La marque de la main lui est restée plusieurs heures sur la joue — lorsqu'elle est allée se coucher, elle était toujours là. Peut-être y était-elle encore. Les picotements chauds avaient cessé, mais qui sait ?

Alors depuis qu'il a frappé, depuis qu'il a crié, elle a cessé de faire du bruit. Comme il demandait. Soucieuse de laisser ses larmes couler sans un son, sans se plaindre. Sans plus parler de maman — « J'veux plus entendre son nom, tu m'entends ? Si tu l'appelles encore une fois, je demande à Gary de te couper la langue. » —, sans plus oser regarder le reste des grands. Gary ne l'avait pas lâchée d'une semelle, pour le reste de la journée : un ordre expressément formulé — « Tiens, tu vas la surveiller, et si elle réclame encore sa mère, tu sais c'qu'il te reste à faire. » — et il s'était retrouvé à faire la chasse gardée, veillant à ce que les cinq petites lettres assemblées ne franchissent plus une fois les lèvres de l'enfant. Les directives avaient été respectées. Et ce soir, la petite Janis avait toujours sa langue pour parler, et ses yeux pour pleurer.

Le noir l'effrayait. Elle fixait le coin de sa chambre, visible depuis son lit, où les ombres étaient si denses qu'elle ne parvenait à rien distinguer. Elle entendait les voix qui s'en élevaient, chuchotis lointains et aliénants. Et elle n'y comprenait rien, la gamine. Besoin de savoir qui sont ces gens qui parlent, mais interdiction de bouger du lit. Perdue, éplorée. Le coeur brisé par le chagrin, et par la peur de voir à nouveau le soleil se lever le lendemain.

Rassemblant tout son courage, elle ferme finalement les yeux. Tente d'imaginer le doux visage qui lui servait de repère, avant que la maladie ne le lui arrache. Un instant, elle croit qu'elle n'y parviendra pas. La bouche contre l'ours en peluche, elle laisse enfin quelques sanglots éclater. Tend l'oreille. On ne l'entend pas, on ne vient pas. Alors elle les laisse reprendre, sans plus se garder. Les paupières toujours closes, elle parvient enfin à imaginer les doux traits de sa génitrice. Et il lui semble entendre à nouveau sa voix, comme au fin fond d'un rêve. « Ce n'est rien. Ce n'est qu'un cauchemar. Calme-toi. » Et elle se force à respirer, à se calmer. Dans le coin de sa chambre, les voix cessent de murmurer. Elle sent progressivement le sommeil la gagner, les larmes s'assécher. Toujours tremblante, elle finit néanmoins par sombrer. Seule, terrifiée, et priant secrètement pour ne jamais se réveiller.

≈ ≈ ≈

Elle le regarde, le tyran. Son couteau encore en main, le sang tiède s'égouttant le long de la lame d'acier froid. Elle le fixe, le coeur battant — sans savoir s'il bat de joie ou d'horreur, d'excitation ou de fascination.

Elle l'a fait. Sans hésiter, sans même prêter l'oreille aux supplications qu'il lui avait lancées. Les jambes brisées à coup de batte, il n'avait pu s'enfuir. Rampant au sol, misérable ver, lâche serpent dévoilant finalement sa condition aux yeux du monde. Il avait levé la main, comme un foutu cliché ; tenté d'attraper le bas de ce t-shirt, bien trop grand pour elle. Il avait gémi, alors qu'elle calait son arme première contre le buffet pour lever le couteau. Et elle s'était penchée vers lui, pernicieuse petite chose, ses mèches blondes effleurant le visage qui l'avait vue grandir. J'suis l'seul à pouvoir te protéger. Le seul à pouvoir te sauver. Fais pas ça. Mais l'heure des réclamations était terminée. Il en avait eu, des années pour se rattraper, pour corriger les erreurs de parcours, et commencer à prendre soin d'elle comme on le lui avait demandé. Ce soir, c'était trop tard.

Ce soir, ce n'était plus l'heure de parler. Ce soir, c'était l'heure de payer.

Le couteau s'était planté dans le torse avec une lenteur presque exagérée, tandis qu'elle soutenait sa nuque, ne réagissant pas aux mains brisées qui tentaient vainement de s'agripper à sa gorge pour l'étouffer. Elle avait soutenu ses yeux mats, sans ciller, battant à peine des cils lorsque la deuxième attaque avait percé une veine un peu trop sous pression. Le sang qui gicle, l'éclabousse. Une goutte dans l'oeil l'avait faite tiquer, mais elle n'avait pas pris le temps de s'essuyer. Le spectacle de l'agonie était bien plus plaisant — si longuement attendu, si souhaité.

Au bout de quatre fois à accueillir la lame cruelle, le corps entre ses mains avait commencé à faiblir. Les doigts qui tremblent, qui s'éloignent de la peau d'albâtre pour tenter d'aller boucher les plaies qui s'accumulaient. Le sang qui tache les vêtements, le coeur et l'âme. Qui se répand, doucement ; flaque du glas résonnant. Elle l'avait couché au sol, le bourreau. Elle avait vu sa main monter vers elle une dernière fois, ses phalanges s'accrocher à la couture de son vêtement. S'il te plait... Ne pouvait-il pas simplement mourir, une bonne fois pour toutes ? La laisser vivre, respirer ; s'enfuir. Exister.

Et les dents de la captive s'étaient brusquement serrées. D'un geste brusque, elle avait tordu le poignet qui la retenait. Le cri de l'homme n'avait pas passé sa gorge, soudainement transpercée par la lame froidement maniée. L'ensemble de son corps s'était relâché et elle avait vu son regard s'éteindre, tandis que son coeur à elle s'emballait. Lentement, elle s'était redressée, dégageant son arme de la trachée, ne prenant pas la peine de l'essuyer. Et elle s'était demandée si c'était ça, la liberté — l'amertume qui lui restait collée au fond du palais, le venin de l'adrénaline qui se distillait dans ses veines à les faire exploser.

Tandis qu'elle réfléchissait, se laissant envahir par la plénitude qui finalement lui venait, elle ne pouvait se détourner des yeux vitreux qui la fixaient. L'impression qu'il avait décidé de la hanter, la cruauté peignant ses iris jusque dans la mort. Un coup de pied rageur — la boîte crânienne craque. Maintenant, ses chaussures aussi sont foutues.

Tant pis. Les yeux ne la regardent plus, et elle se sent mieux, la louve ; le sang qui coule le long de sa gorge, de ses joues. Elle se détourne enfin du cadavre, comme lassée. Elle pose soigneusement le couteau sur la table où elle l'a trouvé, fait passer son t-shirt par-dessus sa tête pour s'en débarrasser. Elle s'essuie rapidement les joues avec le tissu déjà condamné : se débarrasser du vermeil qui teinte sa peau, toilette nécessaire pour ne pas avoir de questions en sortant du club. Il était tard, et ils ne croiseraient probablement personne. Mais prudence était mère de sûreté, et s'ils venaient à croiser quelque badaud en chemin, mieux valait éviter de soulever trop de questions. Elle ne s'encombre néanmoins pas de trop de précautions, abandonnant le linge éclaboussé à côté du couteau, sans prendre la peine de chercher à cacher les preuves qui pourraient faire remonter jusqu'à elle. D'toute façon, elle ne fait pas partie des fichiers. On n'a pas pris la peine de l'arrêter, de prendre ses empreintes ou son ADN. Son certificat de naissance est la seule preuve de son existence qu'on ait — alors pourquoi s'inquiéter ?

Elle a fait volte-face, retournant de son pas chaloupé vers l'homme qui n'a pas bougé. Assis dans son coin, il expulse la fumée à intervalles réguliers sans cesser de la fixer. « Ça y est ? T'as fini ? » Ah elle a fière allure, la détenue nouvellement libérée. Pas vraiment capable de réaliser l'ampleur de ce qu'elle vient de faire, et les changements que ça va apporter. Juste capable de savourer l'adrénaline que tuer a fait monter. « Ouais. Tu peux me passer ta veste ? » Elle a tendu la main, sans insolence ou prétention. Et il se redresse, cigarette coincée entre les lèvres, obtempérant. Elle passe le cuir sur ses épaules nues, remonte la fermeture éclair jusqu'en haut. « On peut y aller. » C'est bien trop grand pour elle, mais elle s'en fout : le principal, c'est de ne pas sortir en sous-vêtements. La veste est encore chaude, et ça lui arrache un bref frisson. Elle trouvera d'quoi s'habiller en chemin — ça ne la stresse pas. Pour le moment, elle a juste envie de sortir de là.

La curiosité qui la pique, alors que le vent tiède lui caresse enfin le visage. Elle se sent l'impatience d'une enfant qui s'apprête à découvrir le monde. Pas la moindre idée d'où elle va, mais bien décidée à s'y rendre. Et elle est soudainement belle, les traits détendus. Sortie de sa cage, prête à dévorer le lendemain à belles dents. Ses ailes se sont déployées. Sanglantes, mais resplendissantes. Agitées par son plaisir de se lancer à corps perdu dans le voyage qu'on lui a promis ; plaisir d'enfin voir de quoi ont l'air le monde et la liberté.

≈ ≈ ≈

Les yeux noyés dans les bouteilles alignées derrière le comptoir, elle semblait ne même plus voir ceux qui autour d'elle s'animaient. Quel intérêt ? La soirée était bien avancée, les corps commençaient à s'imbiber — les esprits à divaguer —, et la plèbe soûle ne l'avait jamais captivée. Elle prêtait tout au plus attention à leurs jérémiades, pour se distraire, se gardant bien de jamais intervenir. Les disputes éclataient parfois sans même lui faire tourner le nez, et elle n'avait aucun scrupule à laisser les tabourets s'abattre sur les crânes sans prendre la peine de se décaler pour faire de la place aux combattants. Tout ça, c'était pas ses affaires. Les verres brisés, les insultes crachées lui passaient par-dessus la tête. Tant qu'on ne la touchait pas, on pouvait bien se pavaner à ses côtés, lui parler, se battre ou se soûler. La vie pouvait continuer de tourner, le monde pouvait s'effondrer : elle n'en avait strictement rien à secouer.

Et peut-être davantage encore ce soir — soirée, qu'elle était bien en peine de supporter. Mettre les voiles avait été bien plus dur qu'elle ne l'aurait pensé. Elle n'avait pas trop cherché à se justifier, ni à laisser de mot. Altaïr la savait de plus en plus indépendante — tout autant qu'il pouvait l'être. L'étonnement, s'il s'en retrouvait affecté, passerait sûrement aussi rapidement qu'il serait arrivé. Elle s'était figuré, en bouclant son sac à dos et en s'éloignant sans se retourner, qu'il en serait de même pour elle. Qu'elle parviendrait à passer outre ce départ sans trop de difficultés. Un verre ou deux pour aider, avait-elle cru ; et maintenant, tout était pire. En plus de s'avérer chaque seconde un peu plus pathétique et un peu plus hostile, le monde tournait. Ses pensées tanguaient tout aussi sournoisement, lui rappelant à chaque seconde l'effarante vérité : elle était ce qu'ils appelaient dégénérée.

Dégénérée. Pas folle, pas cinglée. Dégénérée. Un gêne x, qu'on lui avait dit. Elle n'était pas sûre de tout à fait comprendre de quoi il s'agissait. Mais elle était dégénérée. Les voix, les brèches, les murmures et les cris ; c'était pour ça. Elle n'avait jamais été psychotique, n'avait jamais eu de crises hallucinatoires. Toutes ces choses existaient vraiment — et ce foutu test lui en avait donné la preuve. Elle n'était pas certaine d'encore tout piger ; mais ce qu'elle saisissait, c'était qu'elle n'était pas folle. Juste dégénérée. Comme ces gens qu'Altaïr chassait, et qu'elle avait tués sans pitié durant toutes ces années à voyager à ses côtés. Comme ceux que — d'après ce qu'il lui avait dit — son défunt tuteur vendait à d'autres chasseurs. Dégénérée. Quel était le lendemain pour les gens comme elle ? Elle n'en avait pas la moindre idée. Tout ce qu'elle savait, c'était que si Altaïr l'apprenait, il se retrouverait dans une position qu'elle ne voulait pas le voir affronter. Elle ignorait s'il aurait le courage de se ranger du côté de sa haine, et de lever la main sur elle pour tenter de la tuer ; aussi avait-elle préféré partir, sans se retourner. Supprimant ainsi toute situation indésirable et, elle l'espérait, évitant tout dilemme de se poser.

Elle avait foutu le camp. Purement, et simplement, tuant dans l'oeuf l'idée de toute situation problématique entre eux. C'était bien plus difficile qu'elle ne l'avait espéré, et elle se sentait glisser, à chaque seconde qui passait ; sombrer dans les ténèbres de sa violence et de sa colère, maintenant qu'il n'était plus là pour l'en extraire. Les doigts qui picotent, l'envie de se défouler. Passer ses nerfs sur tout et n'importe quoi, pour mieux oublier. L'alcool, ça n'a de toute manière jamais fait effet. Tout c'qui fonctionne, c'est d'cogner. Encore, et encore. Sans y penser, sans s'arrêter.

Cogner le type qui s'est finalement laissé emporter par son élan, et qui l'a heurtée avec un grognement. Cogner son copain, désireux d'arracher son camarade de beuverie aux petits poings refermés de la bête qui s'est finalement décidée à bouger. Cogner celui qui vient ensuite, et celui qui suivra. Sans y penser, sans s'arrêter ; cogner. S'disant que demain, peut-être que ça ira mieux. Sachant pourtant que, demain, les choses ne s'ront pas plus belles qu'aujourd'hui, ou même qu'hier.

Demain, le monde sera toujours le même. Demain, le monde réclamera toujours du sang ; et elle sera toujours là pour lui en donner, loyale et dévouée. Sans y penser, et sans être capable de s'arrêter.


≈ ≈ ≈

Elle ne comprend pas ce qui s'est passé. Tout c'qu'elle sait, c'est qu'il faut y remédier.

On l'avait pourtant prévenue, qu'elle était dégénérée. Que les gens comme elles n'amenaient rien de bon, et qu'il fallait les éliminer. Les voix la rendaient folle depuis qu'elle était capable de penser, et ce n'était pas de savoir qu'elles existaient vraiment qui l'aidait à retrouver pied. Elle avait beau avoir tourné le dos aux bons conseils, se fichant éperdument de l'intolérance et de ces discours qu'elle jugeait simplement haineux et sans fondements, elle réalisait aujourd'hui que peut-être certains d'eux étaient-ils dans le vrai. Que peut-être son tuteur et geôlier, ce serpent menteur et manipulateur, avait-il lui aussi énoncé quelque part de vérité : peut-être qu'elle n'était capable de semer que terreur et désolation. Peut-être qu'elle était complètement folle, que cette folie était inscrite dans ses gênes, et que rien ni personne ne pourrait jamais rien y changer.

Pas de remède pour les cinglés, qu'il lui disait. Pourtant, elle avait trouvé ce vaccin. Elle avait pu se le procurer en pharmacie, se l'était injecté sans souci. Les voix avaient disparu, et elle avait alors ressenti un soulagement qui ne l'avait plus habitée depuis bien longtemps. Le calme et la sérénité, la sensation d'enfin respirer. Doux sentiments qui, pourtant, n'avaient pas jugé nécessaire de durer. Les voix étaient revenues — plus nombreuses et plus empressées. Elle s'était réinjecté le vaccin, désireuse d'à nouveau les oublier. Et le cercle infernal avait commencé. Une boucle qui, aujourd'hui, semblait être sur le point de se terminer.

Parce que finalement, le pire était arrivé. Une des brèches s'était ouverte, sans qu'elle ne comprenne comment. Et alors qu'elle peinait à se rendre compte de ce qui était en train de se produire, ce type en était sorti. L'étonnement n'avait pas été le plus difficile à encaisser : le voyage de trois siècles qu'elle venait de faire effectuer à cet être lui fit l'effet d'un véritable coup de massue. Et elle n'avait qu'à peine vu l'épée qu'il tirait et pointait vers elle. Un instant, elle avait cru qu'il la transpercerait, sans qu'elle ne puisse rien y faire. Mais il avait titubé, et son coup était parti sur le côté. Il avait l'air mal en point — presque aussi désorienté qu'elle ne pouvait l'être, amoché par la sècheresse et brûlé par le soleil qui rayonnait hors de la faille d'où il avait surgi. Pourtant, elle ne prit pas le temps de plus le détailler. Son instinct de survie l'avait fait s'élancer vers le comptoir de sa cuisine, essayer de se saisir d'un couteau pour se défendre. Le tournis avait manqué de la faire s'écrouler deux fois en quelques mètres à peine, avant qu'elle ne trébuche contre le pied d'une chaise et ne se rattrape à grand-peine à la poignée d'un placard. Son coeur tambourinait, mais même l'adrénaline qui le faisait pomper à grande allure ne lui permettait pas de palier l'épuisement physique et psychologique qui l'étourdissait. Foutue mutation, foutue condition.

Fort heureusement, il semblait que son adversaire n'en menât pas plus large : incapable de marcher droit ou de rassembler ses pensées, il s'était, lui, rattrapé in extremis à la table, renversant au passage tout ce qui s'y trouvait. Un vacarme qui trouva son écho dans le fracas que firent les couteaux de table en s'éparpillant sur le comptoir. Un lui resta entre les doigts ; elle l'empoigna comme si sa vie en dépendait. Une tentative de coup, alors qu'elle esquivait sans aucun mérite la nouvelle attaque déboussolée de son adversaire. Ce fut à peine si elle lui érafla l'épaule, à bout de forces. Elle sentait ses muscles s'engourdir, et n'avait rien pour lui permettre de garder pied. Lorsque la lame de l'homme transperça son abdomen, ce fut à peine si elle sursauta. Son petit couteau de table s'enfonça dans l'épaule de son agresseur en une ultime tentative de défense. L'épée quitta sa chair, sanglante, et s'éloigna aussi vite qu'elle n'était arrivée. Il n'eut même pas le courage de l'achever, la laissant s'écrouler au sol sans la moindre pitié. La ridicule lame toujours fichée dans l'épaule, il avait titubé hors de la cuisine avec empressement, à la recherche d'une issue. Dans son champ de vision toujours plus obscurci, elle le vit s'éloigner. Incapable d'appeler au secours, incapable de bouger. Pour le moment, le sol était le meilleur endroit où rester. Et rester à terre, la meilleure chose à faire.

Se calmer, respirer. Tenter de reprendre ses esprits, malgré la douleur qui la fendait en deux et la sensation de froid qui l'engourdissait.

Se calmer, respirer. Il est parti. Il est en liberté. Faut le poursuivre, le retrouver. Lui mettre la main dessus, et le renvoyer d'où il vient — dès qu'elle aurait recommencé à y voir clair et à penser droit.

Tout avait merdé. Et maintenant, il allait falloir nettoyer.

≈ ≈ ≈

Non. Non. Non.

Ça ne devait pas se passer comme ça. Ça n'avait pas pu arriver. Comment avait-elle pu baisser la garde à ce point, et ne pas voir le coup arriver ? Aiguille dans l'épiderme, le poison qui se diffuse vicieusement dans ses veines ; et dès lors, les murmures s'étaient progressivement atténués, avant de finalement disparaître. Au bout d'une demi-heure, il n'y avait plus rien. Et depuis, elle errait ; âme brisée. Le coeur tambourinant, comme si on l'avait mis sous stimulants. L'impression de perdre pied. De couler à pic, emportée par la réalité qui, finalement, l'avait frappée : elle ne pourrait pas renvoyer Finn d'où il venait. Elle ne pourrait pas partir avec lui, se reconstruire une vie loin de toute cette merde. Une vie où la violence était tolérée, partie intégrante d'un quotidien qu'il avait connu durant des années. Il était là pour en témoigner — la preuve vivante, incarnée. C'était dans cet objectif qu'elle s'était appliquée à essayer de dompter son incontrôlable mutation, la louve ; et finalement, ça n'avait servi à rien. Finalement, tout était parti en fumée — les voix et les failles emportant avec elles ce qu'il leur restait d'espoir, une bonne fois pour toute.

Elle n'arrivait pas à comprendre. Elle ne pouvait pas accepter. Vagabondant aux quatre coins de Radcliff, à la recherche d'une brèche qui aurait bien voulu lui apparaître et lui parler. Lui chuchoter sa folie, la pousser à l'implorer de se taire. Pour la première fois de sa vie, elle aurait voulu avoir l'air cinglée. Voulu être différente, et avoir ne serait-ce qu'une chance de pouvoir s'en tirer. Mais une fois encore, la fatalité l'avait rattrapée. Et c'était complètement dépassée qu'elle errait, la blondinette aux poings serrés. Même pas envie de cogner, même pas envie de tuer. Rien n'aurait pu la soulager, dans l'état où elle était. Rien, à part une foutue faille.

Mais rien ne venait. Rien n'apparaissait, ne soufflait ni ne murmurait. Dans cette ruelle trop noire et trop froide, elle était seule. Perdue, désespérée. Révoltée et enragée ; finalement convaincue que dans la vie, tout n'était qu'une suite de retours de flamme auxquels elle ne pourrait échapper. Trop de sang sur les mains, trop de trous dans le coeur et de vides dans l'âme : elle aurait beau courir, rien n'y ferait. En ce monde, il n'y avait pas de repos pour les damnés.
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the beast, (jai)
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